À
l'instar de plusieurs départements, l’Indre expérimente le fauchage
tardif qui consiste à laisser pousser la végétation sur les bas-côtés
des routes afin de permettre le développement de la faune et de la
flore qui y élisent domicile.
Depuis plusieurs années, les spécialistes
internationaux s'alarment face à l'érosion massive de nombreuses
espèces animales et végétales. 16.306 espèces seraient menacées
d'extinction selon la liste rouge établie par l'Union Mondiale pour la
Nature (UICN), publiée en septembre 2007. La France figure parmi les 10
pays hébergeant le plus grand nombre d'espèces mondialement menacées.
Aussi, à l'issue du Grenelle, plusieurs propositions ont été actées en
faveur de la recherche sur la biodiversité et plus particulièrement sur
la création d'une trame verte et d'une trame bleue chargée de mettre en
relation les zones de protection sur le territoire français.
Parmi les propositions, on trouve celle de mener une réflexion sur
le droit du sol et le droit d'urbanisme pour que la biodiversité soit
intégrée dans les plans locaux d'urbanisme (PLU) et les schémas de
cohérence territoriale (SCOT). C'est un élément important dans le dialogue pour convaincre les élus que la biodiversité s'inscrit dans un document d'urbanisme,
a estimé le sénateur Paul Raoult qui pilote le comité ''Trame verte et
bleue''. M. Raoult qui a notamment appelé à une protection beaucoup
plus forte des zones humides, avait également proposé que des bandes
enherbées soient systématiquement installées le long des rivières et
des axes fluviaux pour en faire des corridors écologiques.
Dans ce contexte, alors que le 3 mars dernier, l'association Alsace
Nature se voit confier par le MEEDDAT une mission d'expérimentation
''Trame verte et bleue'' chargée de faciliter la circulation des
espèces dans son territoire, le Conseil général de l’Indre met en place
en avril une expérimentation de fauchage tardif au bord des routes du
Département.
Doté d’un Parc Naturel Régional (PNR de la Brenne), de 23 Espaces
Naturels Sensibles protégés, d’une réserve naturelle, l’Indre recouvre
5.000 km de routes départementales au bord desquelles la nature est
également présente.
Le fauchage tardif ou gestion différenciée n'est pas une absence de
fauchage mais un ajustement des interventions d'entretien en fonction
de la croissance des plantes et des impératifs de sécurité (virages,
sorties de chemins, carrefours). Ces interventions prennent en compte
l'accomplissement du cycle des plantes et la vie des animaux.
Concrètement, le fauchage tardif consiste à laisser pousser la
végétation sur les bas-côtés des routes pendant les périodes
printanières et estivales afin de favoriser le développement de la
faune et de la flore abritées dans ces hautes herbes. Outre ses
fonctions pratiques de zone d’arrêt, de recueil et de circulation des
eaux, les bas-côtés sont aussi des espaces vivants où se côtoient de
nombreuses espèces animales et végétales, souligne le Conseil Général de l'Indre. Cette
gestion différenciée des bords de route permettra de préserver, la
biodiversité de ces espaces de nature ordinaire, composés de bermes,
talus et fossés, explique le Conseil général.
La fauche n’interviendra qu’en automne et en hiver, une fois
accompli le cycle naturel des espèces animales et végétales. Ce
décalage des travaux de fauche favorise le maintien voire l’apparition
de certaines espèces de plantes sauvages, plantes à fleurs
(coquelicots, boutons d’or…) qui, précise la Région, sont propices aux papillons, araignées, oiseaux et petits mammifères, tels que les hérissons ou encore les bergeronnettes.
Dans un premier temps, l’expérimentation porte sur 6 tronçons du
réseau routier du Département de l'Indre, soit 52 km. Ces tronçons
feront l’objet pendant 5 ans d’un suivi scientifique qui consistera à
suivre l’évolution de la flore. Pour des raisons de sécurité, un
fauchage sur une bande de 1,20 m est maintenu sur ces routes
départementales, ainsi que le fauchage aux abords des carrefours et des
virages, ajoute le Conseil Général.
A l'instar de l'Indre, le Conseil général de la Mayenne avait déjà
mis en place depuis 1994 le fauchage tardif pour permettre la
préservation d’espèces végétales protégées, localisées sur des sites
inventoriés en ZNIEFF (Zone Naturelle d'Intérêt Ecologique, Faunistique
et Floristique). En 2006, 34 bords de routes départementales et 4 zones
du halage étaient en fauchage tardif soit 107 km. 537 espèces végétales
(44.5 % des espèces végétales recensées), 32 espèces de papillons de
jour (43 %), 16 espèces de libellules (33 %), 3 espèces de lézards (75
%) ou 11 espèces de mammifères (17 %) ont été notamment dénombrées en
Mayenne.
En octobre 2007, une expérimentation de fauchage tardif a également
eu lieu dans le Département du Cher. Dix sites qui ne présentaient
aucun risque en terme de sécurité routière ont été sélectionnés dans le
Département. Ils ont permis de multiplier les inventaires et comptages, notamment des espèces de papillons, précise le Conseil Général.
R. BOUGHRIET